Suivi et contrôle des installations agrivoltaïques : qui, quand, comment ?

Comment démontrer dans le temps les bénéfices d’un projet agrivoltaïque sans transformer le suivi agricole en protocole scientifique complexe et coûteux ? À l’occasion du Sommet de l’Élevage, Ombrea et TotalEnergies Renouvelables France ont réuni plusieurs acteurs de la filière pour confronter leurs regards sur ce nouvel enjeu de l’agrivoltaïsme.

Après les enjeux de conception, de développement et de réglementation, le suivi des installations s’impose progressivement comme une nouvelle étape dans la maturité de la filière agrivoltaïque. La question n’est plus seulement de concevoir un projet répondant aux besoins d’une exploitation agricole, mais de vérifier, une fois celui-ci en fonctionnement, qu’il tient ses promesses dans la durée. C’est précisément la question qui a guidé la table ronde « Mesurer sans complexifier : le défi du suivi agrivoltaïque », organisée le 7 octobre au Sommet de l’Élevage.

Pour croiser les regards étaient réunis : Maxime Cumunel (Délégué Général France Agrivoltaïsme), Thomas Dubost (Expert foncier CEFIA), Marie Caulier (Chargée de méthode TotalEnergies Renouvelables France) et Christophe Fouilland (Responsable technique FEDER).

Un constat a rapidement émergé : le suivi est indispensable. Mais pour être réellement utile et applicable à grande échelle, il doit rester proportionné, robuste et compatible avec la réalité économique et opérationnelle des projets et des exploitations agricoles.

Du démonstrateur au suivi dans la durée

Premier enseignement de la table ronde : il est important de distinguer le suivi du contrôle.

Le suivi, c'est recueillir. Le contrôle, c'est prouver.

Pour les développeurs, le suivi a d’abord constitué un outil d’apprentissage. Marie Caulier, TotalEnergies, est revenue sur l’expérience acquise grâce à plus d’une dizaine de sites démonstrateurs. Ces dispositifs ont permis de mieux comprendre les services rendus par les installations, mais également d’identifier les limites de certaines technologies et les solutions cohérentes avec les besoins de chaque filière agricole.

L’enjeu évolue désormais. Il ne s’agit plus uniquement de produire des références expérimentales, mais de vérifier dans la durée le maintien d’une activité agricole à l’échelle de l’exploitation et d’un service rendu à l’échelle de la parcelle.

À terme, une étape supplémentaire pourrait encore être franchie : faire du suivi non plus seulement un outil de vérification, mais également un outil permettant d’ajuster les projets et leur fonctionnement.

Mesurer oui, mais quels indicateurs ?

C’est probablement l’une des questions les plus complexes soulevées lors des échanges.

Les protocoles expérimentaux peuvent mobiliser un grand nombre d’indicateurs. Le site d’Albias, évoqué par Marie Caulier, en est une bonne illustration. L’expérimentation menée sur cette ancienne friche agricole accueillant des brebis visait notamment à étudier la productivité de la prairie et le comportement des animaux.

Pour le volet végétal, le protocole comprenait notamment des zones de mise en défens permettant d’étudier la biomasse fraîche, sèche et la composition floristique à différentes périodes de l’année. Pour le volet animal, les observations portaient notamment sur le comportement, les interactions avec l’installation et l’utilisation de l’ombre. Des indicateurs d’ambiance thermique tels que la température de l’air, le THI et le HLI ont également été étudiés.

Ces protocoles sont pertinents dans une logique expérimentale. Mais peuvent-ils être reproduits chaque année sur l’ensemble des centrales agrivoltaïques ? C’est ici qu’apparaît l’une des principales limites du modèle : leur complexité et le temps nécessaire à leur réalisation.

Christophe Fouilland a notamment rappelé qu’un suivi de biomasse précis pouvait difficilement reposer sur l’éleveur lui-même. Son rôle reste avant tout d’assurer la conduite agricole et de son exploitation. Un protocole de suivi pointu doit donc pouvoir être réalisé sans faire peser une charge supplémentaire excessive.

D’où une question particulièrement intéressante soulevée pendant la table ronde : faut-il multiplier les mesures ou privilégier quelques indicateurs de synthèse, objectivables et fiables. La production annuelle de viande et l’autonomie fourragère ont été évoqués comme deux indicateurs qui permettraient un suivi représentatif et réalisable.

La qualité du suivi ne dépend pas du nombre de données collectées

Des données tangibles pour construire la confiance

Pour Thomas Dubost, CEFIA, mesurer une production agricole n’a rien de totalement nouveau. Les experts fonciers interviennent déjà dans d’autres contextes, notamment pour évaluer les conséquences d’aléas climatiques sur les récoltes. 

Certaines complexités émergent cependant dans le cadre propre au suivi agrivoltaïque.

Trois sujets ont notamment été identifiés pendant les échanges : la durée, puisque le suivi s’inscrit sur plusieurs années contrairement aux expertises dans le cadre d’aléas climatiques qui s’inscrivent sur une campagne ; la représentativité de la zone témoin, qui doit pouvoir être comparée à la parcelle agrivoltaïque ; et enfin le choix des indicateurs à observer.

Dans ce contexte, le risque serait de multiplier les mesures jusqu’à aboutir à des protocoles proches de ceux de la recherche scientifique. Or, l’un des messages forts défendus par Thomas Dubost est que la fiabilité du suivi repose aussi sur l’expertise du prélèvement : savoir où mesurer, quand mesurer et comment mesurer, plutôt que chercher à multiplier systématiquement les données.

C’est probablement l’un des principaux enseignements de cette table ronde :

L’avenir du suivi agrivoltaïque ne se jouera pas sur la quantité de données collectées, mais sur notre capacité à mesurer les bons indicateurs, au bon moment, sans complexifier le quotidien des agriculteurs.

Simplifier le suivi ne signifie pas pour autant renoncer à mesurer. Pour Maxime Cumunel, l’intérêt collectif de la filière est justement de pouvoir démontrer que les projets remplissent effectivement leurs fonctions. Cette démonstration ne peut pas uniquement reposer sur le témoignage de l’agriculteur ou sur une observation ponctuelle du fonctionnement d’un parc : elle doit s’appuyer sur des données tangibles.

Thomas Dubost, le rôle du tiers indépendant est notamment de contribuer à rendre les données de suivi auditables et traçables, afin que les contrôles puissent être réalisés dans de bonnes conditions.

Un dispositif qui doit rester économiquement soutanable

Mais cette recherche de robustesse rencontre une autre réalité : le coût du suivi.

Selon les ordres de grandeur évoqués par Maxime Cumunel au cours de la table ronde, un suivi peut représenter 10 000 à 15 000 euros par an, en intégrant les équipements et les opérations nécessaires.

Du côté de Marie Caulier, le constat est également clair : le suivi pourrait représenter 5 à 10 % des coûts d’exploitation d’une centrale. Ces montants ne sont donc pas accessoires dans l’économie globale des projets.

Pour les développeurs, cette dimension doit être anticipée très tôt. Le coût du suivi doit être évalué dès la phase de prospection afin de vérifier que le projet demeure viable en intégrant cette dépense supplémentaire.

L’enjeu commun est clair : trouver le juste niveau de suivi permettant d’apporter les garanties nécessaires sans créer une surcharge économique et administrative.

Ne pas faire du suivi un frein aux bons projets

Cette recherche d’équilibre est particulièrement importante pour le monde agricole. Le message porté lors de la table ronde est sans ambiguïté : suivis et contrôles sont nécessaires, mais l’accumulation de contraintes ne doit pas finir par remettre en cause des projets pourtant cohérents avec les systèmes agricoles et les besoins des exploitations.

Autrement dit, un bon dispositif de suivi ne doit pas être jugé à la quantité d’informations qu’il produit. Il doit avant tout permettre de répondre à quelques questions essentielles : l’activité agricole est-elle maintenue ? Les performances de l’exploitation sont-elles préservées ? Les services attendus sont-ils effectivement observés ? C’est cette approche qui permettra de concilier exigence de preuve et simplicité opérationnelle.

Anticiper le passage à l'échelle de demain

La question du passage à l’échelle était également au cœur des échanges. Pour Thomas Dubost, l’un des enjeux consiste à disposer d’une trame suffisamment cohérente tout en conservant une capacité d’adaptation sur le terrain. La proximité géographique de l’expert foncier réalisant les mesures et sa connaissance de la filière agricole concernée peuvent notamment contribuer à la pertinence du suivi.

CEFIA travaille dans cette perspective sur son maillage territorial en s’appuyant sur un réseau de 600 experts fonciers.

Du côté de la filière, le travail méthodologique se poursuit également. Maxime Cumunel a notamment indiqué que l’ADEME devait produire une grille d’items et d’indicateurs destinée à favoriser des données comparables entre les différents parcs. L’enjeu sera que ce cadre tienne compte des contraintes techniques et économiques rencontrées sur le terrain.

Et ce cadre devra nécessairement évoluer avec le retour d’expérience. Au fur et à mesure que plusieurs années de données seront disponibles, la filière pourra identifier ce qui est réellement pertinent, faire évoluer les méthodes et proposer des ajustements.

Autrement dit, un bon dispositif de suivi ne doit pas être jugé à la quantité d’informations qu’il produit. Il doit avant tout permettre de répondre à quelques questions essentielles : l’activité agricole est-elle maintenue ? Les performances de l’exploitation sont-elles préservées ? Les services attendus sont-ils effectivement observés ? C’est cette approche qui permettra de concilier exigence de preuve et simplicité opérationnelle.

Mesurer mieux plutôt que mesurer plus

Au terme des échanges, une conviction commune se dégage. Le suivi est indispensable à la crédibilité et à la pérennité de l’agrivoltaïsme. Mais sa réussite reposera moins sur la multiplication des données que sur la capacité collective à identifier des indicateurs réellement pertinents, fiables et accessibles. 

Les protocoles de suivi scientifique mis en place sur nos démonstrateurs nous ont permis de constituer progressivement une base de référence. Pour autant, ces mesures approfondies n’ont pas vocation à être reproduites sur chaque projet agrivoltaïque : les protocoles scientifiques déployés sur les sites expérimentaux seraient trop lourds à généraliser à l’ensemble des installations. 

Nous avons mené des expérimentations pour créer des références, nous allons mener des suivis pour vérifier la cohérence des résultats observés sur les projets avec ces références.

Le défi consiste donc aujourd’hui à trouver un équilibre : produire les bonnes données pour objectiver le fonctionnement des installations, sans imposer aux agriculteurs des protocoles trop lourds ni fragiliser économiquement les projets.

Comme le résumait la conclusion de la table ronde, l’enjeu est désormais de construire ensemble des méthodes à la fois fiables, utiles et compatibles avec la réalité du terrain. Car en définitive, mesurer sans complexifier, c’est mesurer les bons paramètres, au bon endroit et au bon moment de la campagne.

CEFIA travaille dans cette perspective sur son maillage territorial en s’appuyant sur un réseau de 600 experts fonciers.

Du côté de la filière, le travail méthodologique se poursuit également. Maxime Cumunel a notamment indiqué que l’ADEME devait produire une grille d’items et d’indicateurs destinée à favoriser des données comparables entre les différents parcs. L’enjeu sera que ce cadre tienne compte des contraintes techniques et économiques rencontrées sur le terrain.

Et ce cadre devra nécessairement évoluer avec le retour d’expérience. Au fur et à mesure que plusieurs années de données seront disponibles, la filière pourra identifier ce qui est réellement pertinent, faire évoluer les méthodes et proposer des ajustements.

Autrement dit, un bon dispositif de suivi ne doit pas être jugé à la quantité d’informations qu’il produit. Il doit avant tout permettre de répondre à quelques questions essentielles : l’activité agricole est-elle maintenue ? Les performances de l’exploitation sont-elles préservées ? Les services attendus sont-ils effectivement observés ? C’est cette approche qui permettra de concilier exigence de preuve et simplicité opérationnelle.

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