À l’occasion de l’AgriVoltaics World Conference 2026, Benjamin Tiffon-Terrade a présenté les enseignements de trois années d’expérimentation menées sur le site de Valpuiseaux. L’objectif : mieux comprendre comment des panneaux photovoltaïques verticaux influencent les rendements du blé et de l’orge, mais aussi ce qui explique les variations observées d’une année à l’autre.
Un démonstrateur suivi sur plusieurs campagnes
Le site expérimental de Valpuiseaux est équipé de panneaux photovoltaïques bifaciaux verticaux, avec 10 mètres entre les rangées dont 9 mètres de zone cultivée. Plusieurs cultures y sont étudiées, dont le blé et l’orge.
Les simulations montrent que cette configuration génère en moyenne 16,5 % d’ombrage sur la zone cultivée pendant la période estivale (1er juin au 31 août).
De 2023 à 2025, les équipes ont comparé les cultures implantées entre les panneaux à une zone témoin. Plusieurs indicateurs ont été présentés : densité d’épis, rendement, poids des grains ou encore teneur en protéines.
🌦️ L’effet des panneaux dépend fortement des conditions climatiques
C’est l’un des principaux enseignements de l’étude : le niveau d’ombrage ne suffit pas, à lui seul à expliquer l’évolution des rendements.
Les trois années suivies présentent en effet des conditions très différentes : 2023 connaît notamment une période de sécheresse marquée après un début de printemps humide, 2024 se caractérise par des pluies régulières et un déficit d’irradiation estimé entre 15 et 20 %, tandis que 2025 est la saison la plus sèche avec une accumulation rapide de chaleur.
Ces différences se retrouvent dans les résultats agricoles. Avec ce système fixe, les rendements sous panneaux semblent davantage se maintenir lorsque le rendement de la zone témoin est lui-même plus faible. À l’inverse, des baisses sont observées certaines années où la zone témoin est plus productive.
🌾 Des réactions complémentaires pour le blé et l’orge
Pour le blé, une diminution du rendement est observée sous les panneaux en 2023 et 2024, en parallèle d’une diminution de la densité d’épis. En 2025, année où le rendement de la zone témoin est le plus faible parmi les trois années étudiées, le nombre d’épis et le rendement sont maintenus entre les panneaux par rapport au témoin.
Pour l’orge, le fonctionnement semble différent. La densité d’épis est globalement maintenue entre les deux modalités, mais une baisse du rendement est constatée en 2023. Les résultats suggèrent alors que le nombre de grains par épi pourrait expliquer cette diminution.
Pour le blé et pour l’orge, le poids de mille grains est conservé entre les panneaux verticaux.
Autre enseignement intéressant : la teneur en protéines des grains est maintenue ou augmente sous les panneaux, aussi bien pour le blé que pour l’orge, indépendamment des variations de rendement observées.
Ce qu’il faut retenir
Ces trois années d’expérimentation montrent que le scénario climatique de l’année et la manière dont chaque culture se développe sont déterminants dans l’évaluation des services rendus par les panneaux.
L’analyse pluriannuelle montre des variations de rendement limitées à 10 % par rapport à la zone témoin, conformément au seuil APER, comme nous l’a souligné notre partenaire Agrosolutions.
Ces résultats soulignent l’intérêt de raisonner sur plusieurs années pour mieux comprendre l’effet du scénario climatique de l’année. Pour aller plus loin, deux pistes sont à explorer : les trackers, qui permettent de faire varier l’ombrage apporté aux cultures selon leurs besoins, et le choix des variétés, afin d’identifier celles qui sont les mieux adaptées aux conditions agrivoltaïques.
Ces travaux contribuent à mieux comprendre la réponse des grandes cultures à l’agrivoltaïsme et soulignent l’intérêt d’observer les résultats sur plusieurs années et dans différents contextes climatiques pour éclairer la conception et l’évaluation des projets.