Agrivoltaïsme : comment ça marche concrètement sur une exploitation agricole ?

L’agrivoltaïsme est un sujet dont on parle régulièrement dans le secteur agricole. Son application concrête peut cependant rester floue pour beaucoup d’agriculteurs. Cet article, explique pas à pas le fonctionnement d’une installation agrivoltaïque, de la définition légale jusqu’au suivi terrain.

Agrivoltaïsme : définition et cadre légal en France

Ce que dit la loi Définition officielle issue de la loi APER (art. L.314-36) 

Les panneaux contribuent durablement à la production agricole, qui reste l’activité principale.

L’agrivoltaïsme (ou agriPV) désigne une installation de production d’électricité utilisant l’énergie solaire, dont les modules sont implantés sur une parcelle agricole et contribuent durablement à l’installation, au maintien ou au développement d’une production agricole, conformément à la définition introduite par la loi APER dans l’article L.314‑36 du Code de l’énergie.

À l’inverse, le photovoltaïque classique n’est pas lié à un usage agricole : il peut être installé sur des surfaces artificialisées, dégradées ou non agricoles et a pour seule finalité la production d’électricité.

La loi APER (Accélération de la Production d’Énergies Renouvelables, loi n°2023‑175 du 10 mars 2023) a pour objectif principal d’accélérer les projets d’énergies renouvelables afin d’atteindre les objectifs européens de transition énergétique. Elle introduit également une définition officielle de l’agrivoltaïsme, clarifiant les conditions dans lesquelles des installations photovoltaïques peuvent coexister avec une production agricole durable. Selon cette définition, la production agricole doit rester l’activité principale de la parcelle, l’installation solaire ne pouvant en aucun cas prendre le pas sur l’usage agricole du sol. (gouv.fr)

Les 4 services qu’une installation doit rendre

Pour être reconnue comme agrivoltaïque, une installation doit ensuite respecter les critères précisés par l’article L.314‑36 du Code de l’énergie, complétés par le décret n° 2024‑318 du 8 avril 2024, en apportant à la parcelle au moins l’un des quatre services définis comme indispensables au maintien d’une production agricole durable.

L’installation peut d’abord contribuer à l’amélioration du potentiel ou de l’impact agronomique, en créant un microclimat plus favorable aux cultures, grâce à un ombrage qui réduit le stress hydrique ou l’érosion des sols par exemple.

Elle peut aussi favoriser l’adaptation au changement climatique, en atténuant, par exemple, les effets des vagues de chaleur ou des variations extrêmes de température, améliorant ainsi la résilience des cultures.

Elle peut également assurer la protection contre les aléas, comme le gel, le vent, la grêle ou les fortes pluies, en jouant un rôle de bouclier qui limite les pertes agricoles liées aux événements météorologiques extrêmes.

Enfin, lorsqu’elle s’intègre dans un système d’élevage, elle peut améliorer le bien‑être animal, en fournissant ombrage et protection contre les intempéries, réduisant ainsi le stress thermique des animaux. (…gouv.fr)

Ce que l’agrivoltaïsme n’est pas

L’agrivoltaïsme ne doit pas être confondu avec une simple installation photovoltaïque au sol implantée sur un terrain agricole. Un projet ne peut être considéré comme agrivoltaïque s’il compromet la vocation agricole de la parcelle ou s’il cherche avant tout à maximiser la production d’électricité. Le décret d’application du 8 avril 2024 (n°2024‑318) précise des critères concrets et mesurables pour éviter toute dérive : 

  • la production agricole doit être maintenue à au moins 90 % du rendement habituel, limitant ainsi toute baisse potentielle de productivité, 
  • une installation n’est pas qualifiée d’agrivoltaïque si elle n’est pas réversible, c’est‑à‑dire si elle ne peut pas être démontée sans altérer durablement les sols ou empêcher le retour à un usage strictement agricole.
  • La présence d’un agriculteur actif est obligatoire. L’exploitation ne peut rester sans agriculteur actif plus de 18 mois, pour garantir la réalité du projet agricole.
  • Aucune atteinte substantielle à l’un des services agricoles ne doit être constatée :  

                     – Surface rendue inexploitable : < 10 % de la parcelle.

                     – Taux de couverture des panneaux : < 40 % pour les cultures et 60 % pour l’élevage afin de garantir un accès suffisant à la lumière et aux pratiques culturales,

                     – Hauteur et espacement permettant le passage du matériel agricole ou des animaux.

Les différentes technologies : laquelle pour quelle exploitation ?

Les ombrières intelligentes et les trackers

L’agrivoltaïsme offre aujourd’hui une palette de solutions permettant d’adapter la production solaire aux besoins des cultures et de l’élevage. Selon les objectifs agronomiques (protection contre le gel, gestion du stress hydrique, limitation de la chaleur, ou encore maintien de la qualité des productions) différentes technologies peuvent être mobilisées. Parmi elles, les ombrières intelligentes et les trackers se distinguent par leur capacité à moduler finement la lumière et la température, un atout majeur pour les cultures sensibles ou à forte valeur ajoutée. 

Les trackers photovoltaïques sont des structures mobiles qui orientent les panneaux solaires pour optimiser la production tout en modulant l’ombre au bénéfice des cultures. Le tracker 1V, technologie de référence, est fiable, cette dernière est utilisée depuis de nombreuses années pour améliorer la production électrique grâce à la rotation des panneaux selon la course du soleil. Le tracker 2V, doté d’une voilure plus large, cette technologie peut cependant être une opportunité pour les projets en grandes cultures qui nécessite des interrang larges pour permettre le passage des machines. Ces technologies doivent être pilotées grâce à des algorithmes dédiés à l’agrivoltaïsme afin d’offrir aux cultures des conditions de croissance optimales. Ces technologies présentes également l’avantage de faciliter le passage des machines.

Les centrales solaires verticales

Les panneaux photovoltaïques verticaux bifaciaux constituent une solution agri‑PV reposant sur des panneaux installés à la verticale pour capter la lumière diffuse des deux côtés, produisant deux pics de production le matin et le soir. Cette configuration innovante est exploitée dans un objectif expérimental. Sa faible puissance de production ainsi que l’ombre projetée générée faible et non modulable en font une solution peu utiliser à l’échelle industrielle. Cependant, elle offre des avantages agronomiques, comme une protection efficace contre le vent et une compatibilité totale avec le machinisme. 

Agrivoltaics glossary

Les structures photovoltaïques fixes surélevées sont aujourd’hui l’une des solutions agri‑PV les plus pertinentes pour l’élevage bovin et ovin, grâce à une hauteur de panneaux permettant la circulation des animaux. En configuration 2V fixe (monopieux ou bipieux), elles contribuent à réduire le stress thermique et à maintenir la qualité du fourrage, en diminuant la température et l’évapotranspiration au sol, ce qui améliore le confort des animaux et la croissance de l’herbe.

Comment ça fonctionne au quotidien sur la parcelle

Au quotidien, un site agrivoltaïque fonctionne comme une parcelle agricole classique, intégrant simplement des règles de coactivité entre l’agriculteur et l’exploitant photovoltaïque. L’organisation du parc est définie dès la conception pour être compatible avec les pratiques agricoles : inter‑rangs adaptés au machinisme, hauteurs de structures suffisantes, tournières, pistes et accès dédiés. L’agriculteur continue à intervenir librement pour ses travaux ou pour l’élevage et le pâturage, en déclarant simplement ses passages via un calendrier partagé, qui permet de sécuriser les accès et de coordonner les opérations avec l’exploitant PV. Dans le cas de structures dynamiques, la position des panneaux peut être ajustée pour faciliter le passage des machines ou répondre à des contraintes météo. Les opérations de maintenance sont limitées et planifiées hors périodes sensibles, garantissant que la production agricole reste prioritaire, conformément au cadre réglementaire de l’agrivoltaïsme.

Le pilotage par algorithme

Dans un projet agrivoltaïque équipé de structures dynamiques, l’orientation des panneaux est pilotée par un algorithme agronomique qui s’appuie sur des études réalisées sur les besoins des cultures. L’algorithme définit la position des panneaux permettant d’offrir aux cultures des conditions optimales de développement. Par exemple, en arboriculture durant la période de floraison, les cultures nécessitent un apport lumineux important en journée, mais restent sensibles au gel matinal et aux chutes de température en soirée, qui peuvent endommager les bourgeons. Dans ce cas, les panneaux sont déployés le matin et le soir afin de créer un effet protecteur contre le froid, puis rétractés ou positionnés à plat en milieu de journée pour laisser passer un maximum de lumière. Ce pilotage automatique, supervisé par des experts agronomes, permet de concilier protection des cultures, maintien du rendement agricole et production d’électricité, tout en s’adaptant en continu aux besoins des cultures.

Des capteurs mesurent en temps réel des paramètres clés tels que la température de l’air et du sol, l’ensoleillement, l’humidité ou encore le vent, permettant d’évaluer la cohérence entre les besoins des cultures et animaux et les paramètres présents sur site. 

La cohabitation avec le machinisme agricole

La cohabitation avec le machinisme agricole est un principe clé de l’agrivoltaïsme et fait l’objet d’une attention particulière dès la phase de conception du projet. Avant toute implantation, les pratiques agricoles existantes sont analysées afin d’adapter les hauteurs de structures, l’espacement des rangées et l’orientation des panneaux aux engins utilisés (tracteurs, moissonneuses, pulvérisateurs, matériels d’élevage). Les inter‑rangs sont dimensionnés en fonction du machinisme, les tournières et zones de manœuvre sont intégrées pour permettre les demi‑tours, et des pistes d’accès sont prévues pour garantir la circulation et la sécurité. Cette étude de la praticabilité permet à l’agriculteur de continuer à travailler sa parcelle dans des conditions proches de l’existant, que ce soit pour les travaux de grandes cultures ou pour l’élevage et le pâturage, tout en assurant une co‑activité fluide et durable entre production agricole et production d’électricité. 

tracteur rouge
schéma

L’agrivoltaïsme s’inscrit dans la continuité des pratiques agricoles tout en apportant des ajustements. Ce qui ne change pas, c’est le cœur du métier : les labours, semis, traitements, récoltes ou encore le pâturage en élevage continuent d’être réalisés avec les mêmes objectifs de rendement et de qualité. Ce qui évolue positivement, ce sont les conditions agroclimatiques : l’ombrage apporté par les panneaux peut réduire les besoins en irrigation, de limiter les pics de chaleur, et offrir une protection contre certains aléas climatiques comme la grêle ou le gel. Ce qui s’adapte, en revanche, concerne l’itinéraire technique : le calendrier des semis peut être légèrement ajusté et une sélection variétale peut être privilégiée. L’objectif reste constant : sécuriser la production agricole tout en renforçant la résilience des systèmes face au changement climatique.

Les étapes concrètes d’un projet agrivoltaïque

Un projet agrivoltaïque se déploie selon une démarche progressive et structurée, conçue pour garantir la priorité agricole et l’ancrage territorial. Il débute par un diagnostic agronomique et territorial afin d’évaluer les possibilités que pourra offrir un projet agrivoltaïque. Le projet est ensuite défini et qualifié en co‑construction avec l’agriculteur, en intégrant les choix technologiques, les contraintes de l’exploitation et la valeur créée. Viennent ensuite les démarches administratives et réglementaires, portées par des études approfondies et une concertation locale continue. Après l’obtention des autorisations, le projet passe à la phase de construction et de mise en service, organisée pour préserver les cycles agricoles. Enfin, tout au long de l’exploitation, un suivi agronomique et technique permet de s’assurer une optimisation continue au service de la production agricole et énergétique.

Étape 1 — Diagnostic agronomique et simulation numérique 

Un projet agrivoltaïque débute par un diagnostic agronomique et territorial approfondi. Cette étape permet d’analyser les sols, les cultures ou systèmes d’élevage en place, les pratiques agricoles, le machinisme, les contraintes climatiques et environnementales. En parallèle, des simulations numériques (ensoleillement, ombrage, microclimat, productible) sont réalisées afin de tester différents scénarios d’implantation et de technologies. Ces simulations permettent d’anticiper les impacts sur les rendements agricoles, de vérifier la conformité au cadre réglementaire (loi APER) et d’orienter le projet vers les solutions les plus adaptées à la parcelle.

Étape 2 — Définition et qualification du projet 

Sur la base de ces analyses, le projet est co‑construit avec l’agriculteur et qualifié à la fois sur les plans agronomique, technique, économique et territorial. Cette étape consiste à définir précisément le design agrivoltaïque : type de structure (tracker, fixe surélevé, vertical bifacial…), hauteurs, inter‑rangs, zones de manœuvre et modalités de pilotage des panneaux. Les objectifs agricoles sont formalisés (maintien des rendements, bien‑être animal, réduction du stress hydrique, protection climatique) ainsi que la valeur créée pour l’exploitation et le territoire. Le projet est ensuite validé collectivement lors de réunions de conception, qui figent les hypothèses avant l’instruction administrative.

Étape 3 — Démarches administratives 

Une fois le projet défini, les démarches réglementaires sont engagées. Elles comprennent la réalisation des études nécessaires (étude d’impact environnemental, étude préalable agricole, études techniques spécifiques) et le dépôt de la demande de permis de construire. Cette phase repose sur une concertation active avec les acteurs du territoire : collectivités, services de l’État, monde agricole et riverains. L’objectif est de garantir l’acceptabilité du projet, sa conformité réglementaire et sa robustesse face aux phases d’instruction et d’enquête publique.

Étape 4 — Construction et mise en service 

Après l’obtention des autorisations, le projet entre en phase de construction. Les travaux sont planifiés pour limiter les perturbations de l’activité agricole, en tenant compte des périodes de semis, de récolte ou de pâturage. Les structures sont installées conformément au design validé, suivies du raccordement électrique. La mise en service permet d’effectuer les premiers réglages techniques et agronomiques, notamment sur le pilotage des panneaux pour s’adapter aux cultures ou à l’élevage.

Étape 5 — Suivi et optimisation continue

Une fois en exploitation, le projet agrivoltaïque fait l’objet d’un suivi agronomique et technique dans la durée. Les données collectées sur la parcelle permettent d’analyser les performances agricoles et énergétiques et d’adapter les paramètres de pilotage en fonction des conditions réelles et des retours d’expérience. Cette phase d’optimisation continue garantit la durabilité du projet, l’amélioration progressive des pratiques et le respect du principe fondamental de l’agrivoltaïsme : un agriculteur actif, une production agricole prioritaire associée à une production d’énergie renouvelable.

Un exemple concrets chez Ombrea

Channay (Côte‑d’Or)

À Channay, sur des sols à faible potentiel agronomique et fortement exposés au stress hydrique, le démonstrateur associe des grandes cultures (blé, orge, lentilles, luzerne, PPAM) à une technologie verticale bifaciale. Ce choix limite l’emprise au sol, reste compatible avec le machinisme et permet un effet brise‑vent et modérateur thermique, tout en maintenant, voire en améliorant, les rendements selon les années. Le site produit des références précieuses sur la gestion de l’ombre en grandes cultures extensives.

Le Channay

Moisson en agrivoltaïsme

FAQ – Qu’est ce que l’agrivoltaïsme ?

Quelle est la différence entre parc solaire agricole et installation agrivoltaïque ?

Un parc solaire agricole est une centrale photovoltaïque implantée sur un terrain agricole, où la production d’électricité est prioritaire, sans obligation légale de service rendu à l’agriculture.

À l’inverse, une installation agrivoltaïque est une catégorie définie par la loi (loi APER) : elle doit maintenir une activité agricole réelle et prioritaire et démontrer un service direct à l’agriculture (protection climatique, bien‑être animal, réduction du stress hydrique, etc.).

En agrivoltaïsme, les panneaux sont conçus pour laisser passer les engins agricoles : hauteur adaptée, rangées suffisamment espacées et zones de manœuvre prévues dès la conception. Les travaux courants peuvent donc continuer normalement.

  • 4 à 6 ans pour les études, la concertation et les autorisations,
  • 25 à 35 ans pour la phase d’exploitation de la centrale,

 

avec un démantèlement prévu en fin de vie et la restitution de la parcelle à l’usage agricole.

Le meilleur choix dépend toujours du contexte agricole, du sol, du climat et des objectifs de l’exploitation.

L’agrivoltaïsme dynamique (panneaux mobiles) permet un pilotage de l’ombrage en fonction des besoins des cultures et du climat, ce qui peut être un atout dans des contextes sensibles (gel, stress hydrique, cultures à forte valeur).
En revanche, l’ombrage fixe est plus simple, et peut être tout aussi pertinent pour l’élevage car les panneaux peuvent être surélevés.

Les filières compatibles avec l’agrivoltaïsme sont principalement :

  • les grandes cultures (blé, orge, colza, maïs, protéagineux),
  • les cultures fourragères et prairies,
  • l’élevage (bovin et ovin, en pâturage),
  • certaines cultures maraîchères et arboricoles (au cas par cas, selon les besoins agronomiques),

 

Oui, les installations agrivoltaïques sont conçues pour être réversibles : en fin de vie, les panneaux, structures et fondations peuvent être entièrement démontés, et la parcelle restaurée dans son état initial, conformément au cadre réglementaire et aux engagements contractuels.

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